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Secoué par une crise sans précédent, le Liban est au bord de la famine

Son pib par habitant s’est contracté de 40% en deux ans, les prix des aliments
se sont envolés de 2067% depuis fin 2018. Selon la Banque mondiale, 78% des
Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté.

Si le monde entier a été frappé par l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, la catastrophe a aussi été le révélateur d’une crise majeure . Une des trois pires depuis 150 ans, dit le FMI. L’agence Bloomberg vient de décerner au Liban la palme mondiale de l’inflation, poin ant que la livre a perdu 92,27% de sa valeur en deux ans. Le 13 décembre, la presse s’alarmait : “Les prix de l’alimentation ont augmenté 2067% depuis fin 2018”.

“La plupart des habitants manquent de l’essentiel, observe Roula Helou, dont
l’ONG qu’elle co-préside L’AVT-L (association des victimes du terrorisme, Liban),
s’est mise, en plus de l’habituel soutien psychologique, à distribuer de
la nourriture. Les aliments de base, y compris le pain, sont devenus inabordables.
Beaucoup d’enfants se couchent la faim au ventre. Les malades, eux, ne
peuvent plus se soigner.” Chef du l’unité d’oncologie pédiatrique de l’hôpital
beyrouthin Saint George, le docteur Peter Noun confirme: il n’a plus de quoi
préparer la chimiothérapie nécessaire à sa cinquantaine de jeunes patients.

Selon la Banque mondiale, 78% de la population vit désormais sous le seuil de
pauvreté, 34% dans l’extrême précarité. La classe moyenne a disparu, les filets
de sécurité ont explosé. 1,5 des 4,5 millions d’habitants du pays disposent
de moins de 4 dollars par jour pour (sur)vivre. Même l’armée compte sur Washington
pour boucler ses fins de mois et régler la solde de ses troupes.

Jadis surnommé “la Suisse du Moyen Orient”, le pays, est aujourd’hui menacé
de famine . “Il a connu des crises et des guerres, observe un haut fonctionnaire.
Mais pour la première fois il ne peut nourrir son peuple.” Les journaux
évoquent des familles de plus en plus désespérées du lendemain. “Le PIB a
chuté de moitié depuis dix-huit mois”, abonde Alain Bifani, ex-directeur général
du ministère libanais des Finances, qui avait démissionné à l’été 2020,
désespéré que tout plan de redressement soit empêché par ce qu’il appelle “la
caste dirigeante prédatrice” ou encore “la pieuvre politico-financière”.

Un plein d’essence à 200 dollars

L’économie paie en effet la paralysie du pouvoir politique (le nouveau gouvernement
formé en septembre n’a tenu que deux conseils des ministres), et les
errements d’une banque centrale, dont le gouverneur, poursuivi pour fraude
en France et en Suisse, a renfloué les caisses, en jouant sur les cours de la monnaie,
en gelant les avoirs des Libanais et en supprimant les subventions sur les
produits de première nécessité, dont les médicaments et les carburants. Résultat, alors que la neige a commencé à tomber en abondance sur le mont du
Liban, l’énergie est devenue un luxe ultime. Un plein d’essence coûte près de
200 dollars, quand le salaire minimum mensuel est tombé à 30.

Employés et fonctionnaires ne peuvent se rendre au travail qu’un à deux jours
par semaine, les services publics sont en déliquescence. Beaucoup d’écoles ont
fermé pour l’hiver, faute de pouvoir financer le mazout du chauffage. L’électricité
ne fonctionne plus que quelques heures par jour. Seuls les entreprises
et les ménages privilégiés peuvent encore s’offrir un générateur qui, pour une
centaine de dollars par mois, fournit davantage d’énergie, mais ne garantit pas
contre les coupures en soirée et la nuit.

Le Covid passé au second plan

Dans la capitale, les feux tricolores sont complètement éteints, comme le
grand tunnel qui mène à l’aéroport. La situation est tellement critique, que le
Covid, pourtant virulent, est passé au second plan. Dans les quartiers les plus
pauvres de Beyrouth ou de Tripoli, deuxième ville du pays, personne ne porte
de masque.

Face à cette spirale de la paupérisation, le pays survit grâce à l’aide internationale
. “Nous en sommes réduits à mendier”, déplorait récemment le grand
quotidien l’ Orient le Jour . Sous l’impulsion de la France les pays donateurs se
sont massivement mobilisés après l’explosion du port. “En 2020, l’aide au développement a basculé dans une aide d’urgence”, note Bujar Hoxha, directeur de Care Liban, dont le budget s’est envolé de 33%, son équipe passant de 30 à 140 personnes. L’ordre de Malte au Liban, lui, a doublé depuis l’an dernier le nombre d’actes médicaux et sociaux, atteignant les 400.000. Les ONG ont pris le relais des services publics, dans un climat d’angoisse et d’extrême tension.

D’autant que le pays entre en campagne électorale, avec des législatives attendues
en en mars ou mai. Les diplomates européens tablent sur une trêve des confiseurs sans trop de heurts, mais s’inquiètent de la suite. L’un d’eux prévient. “La situation est tellement éruptive. On sent que la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres”.

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