Siham : « La vie s’est arrêtée durant cinq longues secondes »

«C’est ma troisième nuit à dormir dans la rue. Même dans la nuit de mardi à mercredi, juste après l’explosion, je suis revenue de l’hôpital, et je comme je n’avais plus de maison, j’ai pris une chaise en plastique  et je me suis assoupie, assise sur la chaussée. Hier soir, des jeunes m’ont ramené un canapé qu’ils ont posé sur la chaussée. C’était un canapé cassé et miteux, mais bon c’est mieux que rien. Ce soir aussi je dormirai dans la rue », raconte Siham Tekian, 67 ans qui habite au deuxième étage d’un vieil immeuble de Mar Mikhael et qui tient une épicerie au rez-de-chaussée de ce bâtiment complètement soufflé par l’explosion.

Elle a 15 points de sutures au bras, 5 au front, 10 au ventre et son corps a été écorché par les débris de verre.

« J’étais à la maison au moment de l’explosion. Pour moi, c’est comme si la vie s’est arrêtée durant cinq très longues secondes, et puis j’ai vu du sang, rien que du sang, sur tout mon corps. Il ne restait plus rien de la maison. J’ai marché jusqu’à l’entrée, la porte était défoncée. Et je suis sortie dans la rue. Un homme que je ne connais pas m’a emmené  dans sa voiture dans un hôpital hors de Beyrouth », dit Siham qui dès le lendemain de la double explosion, s’est remise à travailler dans son épicerie à moitié détruite.

« Je ne peux pas partir, la vitrine a volé en éclats. Et puis partir pour aller où. Je vis ici depuis 37 ans et mon mari est né dans ce quartier », dit-elle.

Mar Mikhael est l’un des quartiers les plus anciens de Beyrouth,  très proche du port il avait été construit au XIXe siècle pour loger les ouvriers qui travaillaient dans le nouveau port de la ville. Aujourd’hui, c’est le quartier le plus gentrifié de Beyrouth. Il abrite ses anciens habitants comme Siham et de nouveaux venus, surtout des jeunes.

« J’ai vécu toute la guerre du Liban (1975-1990), mais je n’ai jamais vu une chose d’une telle ampleur. Je n’ai plus rien, ni meubles, ni vêtements, ni draps, tout a été déchiqueté par les débris de glace », ajoute-t-elle montrant la robe qu’elle porte, légèrement déchirée à certains endroits.

Siham est aidée par de nombreux jeunes du quartier, que ce soit ceux qui prennent la relève à l’épicerie pour qu’elle puisse se reposer assise sur le trottoir sur sa chaise en plastique, pour lui acheter de nouveau pansements ou pour lui nettoyer la maison.  

Assise sur sa chaise, montrant un tas d’objets cassés qui viennent d’être sortis de la maison. Elle chuchote presque : «Je veux me reposer, je suis fatiguée et j’ai mal au cœur ». Ses larmes coulent. Elle les sèche rapidement, se lève et reprend son travail derrière le comptoir de l’épicerie.

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